la dernière
chambre de Babel
Printemps 2
| 2016

Promenons-nous dans les bois,
Pendant que le loup n'y est pas.
Si le loup y était
Il nous mangerait,
Mais comme il y est pas,
Il nous mangera pas.

Loup, y es-tu ? Que fais-tu ? M'entends-tu ?

Le loup : « Je mets ma robe à fleurs  »

 

 

 

 

" Se cacher est un plaisir, mais ne pas être trouvé est une catastrophe. "

 

 

 

| Donald W. WINNICOTT, Jeu et réalité

 

 

Y es-tu ? Que fais-tu ? M'entends-tu ? Je ne t'ai pas trouvé. Je me me demande si c'est une catastrophe pour toi. J'ai imaginé que tu étais effrayé aussi, ou peut-être tombé dans un trou, un trou très profond, ou mort parfois, puis j'ai imaginé que tu joues - à ce jeu bizarre qui ne se termine pas -

mais imaginer sérieusement que tu es seulement parti loin, sans te retourner, sans te soucier de nous, pour faire autre chose qui n'a plus rien à voir avec notre jeu, c'est catastrophique, je ne me résous pas à cette explication, ce serait manquer cruellement d'imagination.

 

 

 

| Nathalie H, 2017

 

 

Si tu ne vas pas dans les bois,
Jamais rien n’arrivera, jamais ta vie ne commencera.

- Ne va pas dans les bois, disaient-ils, n’y va pas.
- Et pourquoi donc ? Pourquoi n’irai-je pas ce soir dans les bois ? demanda-t-elle.
- Dans les bois vit un grand loup, qui mange les humains comme toi. Ne va pas dans les bois, n’y va pas.
Bien sûr, elle y alla. Elle alla malgré tout dans les bois et bien sûr, comme ils avaient dit, elle rencontra le loup.
- On t’avait prévenue, fit le chœur.
- C’est ma vie, pauvres noix, rétorqua-t-elle. On n’est pas dans un conte de fées. Il faut que j’aille dans les bois. Il faut que je rencontre le loup, sinon ma vie ne commencera jamais.
Mais le loup qu’elle rencontra était pris dans un piège. Dans un piège était prise la patte du loup.
- Viens à mon aide, viens à mon secours ! Aïe, aïe, aïe ! s’écria le loup. Viens à mon aide, viens à mon secours et je te récompenserai comme il se doit. Car ainsi font les loups dans ce type de contes.
- Et comment serais-je sûre que tu ne vas pas me faire mal ? interrogea-t-elle – c’était son rôle de poser des questions. Comment serais-je sûre que tu ne vas pas me tuer et me réduire à un tas d’os ?
- La question n’est pas la bonne, dit ce loup-ci. Tu dois me croire sur parole. Et il se remit à gémir et à crier :
Oh, là, là ! aïe, aïe, aïe !
Belle dame
Il n’y a qu’une question qui vaille
Ououououououh
Eheheheheheheh
Laaaaaaaaaaaaaam ?

- C’est bien, le loup. Je prends le risque. Allons-y ! Et elle écarta les mâchoires du piège. Le loup retira sa patte, qu’elle pansa avec des herbes et des plantes.
- Oh, merci aimable dame, merci, dit le loup, soulagé.
Et, parce qu’elle avait lu trop de contes d’un certain type, le mauvais, elle s’exclama :
- Allons, finissons-en. Tue-moi. Maintenant.
Mais ainsi le loup ne fit-il pas. Pas du tout. Il posa la patte sur son bras.
- Je suis un loup qui vient d’ailleurs, un loup qui vient d’un autre temps, dit-il. Et il s’arracha un cil, puis le lui offrit en disant :
- Sers-t’en avec discernement. Désormais, tu sauras qui est bon et qui ne l’est guère ; il te suffira de voir par mes yeux pour voir clair.

 

| Clarissa PINKOLA ESTÉS , Femmes qui courent avec les loups - Extrait de « The Wolf’s Eyelash »

 

 

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© Nathalie Hervieux tous droits réservés
                    La Dernière chambre de Babel - Printemps 2 | 2016
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