Nymphes
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|2016-2017

Des milliers de jours ont passé
et la nuit ne tombe pas sur ce jour
C'est une clairière dans la forêt dense

Je me promène dans ce souvenir
comme dans un jardin suspendu
lumineux cristallin
Au milieu il y a une source
peut-être un puits

Il existe des souvenirs qui sont comme des lieux
Il existe des lieux qui n'ont pas de murs
baignant dans une lumière douce et vive
C'est autour qu'il fait sombre
C'est après que tout est noir
quand dans le puits je tombe

 

 

| Nathalie H, 2017

 

 

Elle alors : "Quel est donc, dit-elle, cet accès de folie, qui m'a perdue, malheureuse que je suis, et qui t'a perdu, toi, Orphée ? Quel est ce grand accès de folie ? Voici que pour la seconde fois les destins cruels me rappellent en arrière et que le sommeil ferme mes yeux flottants. Adieu à présent; je suis emportée dans la nuit immense qui m'entoure et je te tends des paumes sans force, moi, hélas! qui ne suis plus tienne."

Elle dit, et loin de ses yeux tout à coup, comme une fumée mêlée aux brises ténues, elle s'enfuit dans la direction opposée; et il eut beau tenter de saisir les ombres, beau vouloir lui parler encore, il ne la vit plus, et le nocher de l'Orcus ne le laissa plus franchir le marais qui la séparait d'elle.

 

 

| VIRGILE, Les Géorgiques, Chant IV

 

 

Des milliers de jours ont passé
et depuis ce jour est éternel

En vérité tu m'as poussée dans le puits
L'obscurité a éteint ma voix
et tu es parti sans te pencher
sans même te retourner

En vérité tu m'as coupée en deux
l'aveugle au fond du puits
la muette éternellement assise à côté de toi
sur la margelle
heureuse
tout au bord de l'abîme

 

 

| Nathalie H, 2017

 

 

" Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour rester closes tout un hiver; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s’élancer et de se joindre. Notre voix court de l’un à l’autre; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient, l’interroge. Tout est prétexte à la ralentir.

Souvent je ne parle que pour toi, afin que la terre m’oublie "

 

 

| René CHAR, Lettera Amorosa

 

 

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